Nouvelles :
La nouvelle, un genre littéraire à part ? Un Art du bref ?
Trop souvent comparée, confrontée ou opposée au roman sous le seul aspect de sa
brièveté et sa légèreté, la nouvelle à peine à trouver auprès des institutions
littéraires une reconnaissance honorable. Chercher à définir la nouvelle pour
la « classer » dans un « genre littéraire » reste une expérience périlleuse,
rien ne se laisse moins enfermer que les mots, la respiration, l’imaginaire !
La nouvelle n’épuise ni le sujet ni l’objet, elle est toute entière vivante,
dense, pleine à prendre forme dans l’expérience du lecteur, avec le lecteur.
Là où le récit long développe et concrétise, la nouvelle plante le décor,
laisse s’échapper un mouvement, donne l’élan mais ne rattrape personne,
n’emprisonne rien.
Pour Paul Morand « la nouvelle est une nacelle trop exiguë
pour embarquer l’Homme : un révolté, oui, la Révolte, non ».
La consistance de la nouvelle, ces contraintes liées à la densité du texte,
imposent un jeu scénique expressif et théâtral. Le nombre réduit et fixe des
personnages, le resserrement des images et des situations, l’unicité du point
de vue, participent à l’élaboration d’une écriture poétique.« Dans une nouvelle
traitez la prose comme vous feriez pour des vers, car rien n’est trop bon ni
trop soigné pour ce petit cadre où tout doit se voir de si près » (R.Godenne).
Art poétique, donc, et au-delà des mots, de « partage » car que seraient toutes ces
lignes vagabondes sans vos regards pour les révéler ?